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Interview d’Agnès Debacker

Les Petits champions de la lecture, c’est avant tout une aventure humaine. Découvrons aujourd’hui Agnès Debacker, autrice jeunesse, mais pas que !

 

1 interview pour découvrir une femme et sa passion,

5 réponses pour vous donner envie de lire !

  1. Éducatrice, metteuse en scène de spectacles et autrice de livres pour la jeunesse, conteuse… Qui êtes-vous, Agnès Debacker ?

Aujourd’hui, je suis surtout autrice jeunesse, mais j’ai exercé ces différents métiers. Le pont entre tous reste l’enfance et mon envie toujours vivace de m’adresser à eux. J’ai découvert la littérature de jeunesse quand j’étais éducatrice il y 20 ans…

À cette époque, j’ai beaucoup, beaucoup lu aux enfants et aux parents avec lesquels je travaillais et je suis tombée amoureuse des albums jeunesse. Je les adore pour ce qu’ils sont, des textes drôles, beaux, émouvants, accompagnés d’illustrations sublimes et j’adore les donner à entendre. C’est une véritable passion chez moi, la lecture à voix haute. Je peux même dire qu’avant d’aimer lire pour moi, j’ai d’abord aimé lire à voix haute. Pourquoi ? Je ne sais pas, c’est mystérieux…

 

  1. Quelles sont vos conseils pour bien lire à voix haute ?

Je parlerais davantage des règles. Celles que je me suis données quand je souhaite lire à voix haute ou qu’on me donne l’occasion de le faire (parce qu’en fait, j’ai toujours envie…). J’en identifie cinq:

1. Avoir envie, justement. C’est la base, la base de tout. Si tu préfères faire de la pâtisserie ou de la mécanique auto, surtout ne lis pas à voix haute. Il n’y a rien de pire que se forcer pour faire plaisir par exemple. Il faut en avoir VACHEMENT envie. 

2. Aimer profondément l’histoire que tu vas donner à entendre. L’aimer tellement que tu n’en peux plus, c’est impérieux, il te faut la partager. 

Pour moi, ce sont les deux règles essentielles, fondamentales. Ensuite, c’est une histoire d’entraînement et de travail (jamais – ou si peu – une histoire de talent). Ainsi : 

3. Préparer la lecture : c’est-à-dire, s’entraîner à la lire à voix haute. Afin d’identifier le rythme, faut-il ou non marquer les personnages (ce n’est pas obligé, un loup n’est pas obligé d’avoir une grosse voix). C’est un peu comme une partition, il y a des accélérations, des silences, des forte, des pianissimos, des volte face, de l’énergie, des grosses et des petites voix. Parfois, il faut éviter d’en faire trop, juste entendre ce que nous dit le texte à l’oreille et dire ce qu’il nous donne, l’émotion juste qu’il a fait naître en nous.  Au fond, ce travail est beaucoup plus sensitif que cérébral. 

4. S’oublier, ne pas se regarder lire : ici, ce n’est pas toi l’important, tu es l’instrument par lequel un texte va arriver aux oreilles des autres. On est bel et bien au service d’une histoire. Il s’agit de se plonger dans l’univers qu’on nous propose, sentir qui sont les personnages, leur donner, par notre voix (notre corps, nos expressions) une existence et c’est bien leurs existences qui comptent et pas la nôtre. 

Bien sûr,  tu n’es pas n’importe qui et ta voix, ta tonalité, tes expressions seront différentes du voisin, non seulement parce que tu es différent mais aussi parce que le texte, tu ne le ressens pas comme ton voisin. Ta manière de le lire sera différente. Pour cette raison, si on écoute la même histoire lue par deux personnes différentes, nous, en tant qu’écoutants, on ne va pas ressentir les mêmes choses. Ce sont deux chemins avec des paysages proches mais légèrement différents, n’ouvrant pas tout à fait vers les mêmes mondes, les mêmes messages…

5. Croire : aux personnages, à ce qui leur arrive, croire à tout ! Si tu n’y crois pas, alors le public n’y croira pas non plus. Les histoires sont fausses jusqu’au moment où quelqu’un les porte en bouche. À cet instant, et pour le temps de la lecture, elles sont réelles. 

 

  1. Comment enseigne-t-on la lecture à voix haute ?

J’ai beaucoup accompagné des professionnelles de la petite enfance à la lecture à voix haute, mais ensuite, j’imagine que chacun a sa technique.

D’abord, je propose “un bain de livres” pour fouiller, piocher, manipuler, sentir, et prendre le temps de trouver le trésor. Après, on lit pour soi, on s’exerce et quand les personnes le font devant moi, je les aide à trouver leur voix, la bonne distance et la juste place. Ni trop (trop d’emphase, trop de jeu et de je, trop d’artifices), ni trop peu (de voix à peine audible, de rythme monocorde et monotone). 

Je travaille dans la confiance au texte (qui part du désir) et de la confiance dans sa manière de dire, et surtout le trac, c’est le trac qui empêche les gens de s’y mettre. Oser est une bataille entre le trac et le désir !
Je n’ai pas grand-chose contre le trac, à part et j’y reviens : l’envie, l’amour, le travail. 

Peut-être une chose : il faut se dire (et je pense que c’est vrai) que le public se moque de qui nous sommes. Ce qu’il veut, c’est entendre une histoire et connaître la suite. Quant à nous lecteur, on doit former un trio (un triangle amoureux) entre le livre, vous (comme instrument) et le public. Nous, on doit un peu s’en soucier du public, sentir quand il est là, sentir quand il nous lâche mais garder une bonne distance. Il ne doit pas prendre toute la place.

 

  1. Votre nouveau roman jeunesse, « Les grosses bêtises : la limace volante », vient de paraître aux éditions Syros, pouvez-vous nous en faire le pitch ?

C’est une bande de six jeunes, enfin d’enfants de 8-10 ans environ, mega balèzes en bêtises. Parmi eux, Anton, en fait des assez sensationnelles.
Malheureusement, un jour, une de ces blagues tourne mal. Cela va provoquer une grosse colère chez la maîtresse, qui elle-même (la grosse colère) va aboutir à une punition sévère qui va déclencher un sortilège dont va être victime l’institutrice (la poisse en l’occurrence).  Et notre bande de six va avoir très envie de comprendre ce qui se cache derrière ce mauvais sort, car ce dernier, clairement, pourrit un peu la vie de tout le monde. Par exemple, dès que la maîtresse met le nez dehors, il se met à pleuvoir et les poissons rouges meurent les uns après les autres… c’est pénible
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📣 Pour découvrir quelques extraits à voix haute, c’est ici !

 

  1. Qu’est-ce qui vous plaît dans le fait d’écrire pour la jeunesse ?

Ce qui me plaît surtout, c’est d’écrire ! J’avoue ne pas trop me poser la question de l’âge. J’écris ce que je veux (encore cette histoire d’envie et de désir) et il s’avère que mes personnages sont plutôt des enfants. Je dois avoir un truc à régler avec cet âge. Et puis, quand même, se plonger dans l’imagination la plus débridée, c’est réjouissant ! Et cela est peut-être plus facile ou évident qu’en littérature générale (ça reste à prouver). 

Ce qui compte pour moi, c’est le plaisir d’inventer des histoires, de peaufiner un texte, d’exprimer des idées, des pensées. Je dois être contente de moi en somme et si d’autres trouvent aussi que c’est un bon texte, alors je suis heureuse.

 

Originaire du Nord, Agnès Debacker travaille plusieurs années à Roubaix en tant qu’éducatrice. Elle découvre alors toute la variété des histoires que l’on raconte aux enfants. Quelques années plus tard, au sein de la compagnie de théâtre La Minuscule Mécanique, elle écrit, joue et met en scène des spectacles pour la jeunesse. Dans ce chemin de création, l’écriture se fait une place. Son premier roman, Ma chère Alice, paraît à l’École des Loisirs, et depuis elle partage son temps entre l’écriture, la lecture à voix haute (vieille passion tenace), les ateliers d’écriture et les balades au bord de la mer.

Lancé en 2012, les Petits champions de la lecture proposent aux enfants et à leurs enseignants une aventure fondée sur le plaisir. Une expérience qui engage leur sensibilité mais aussi un jeu, susceptible de plaire aux garçons comme aux filles, et de donner leur chance à tous les enfants même ceux qui sont le plus éloignés du livre.

Plus de 100.000 élèves de CM1 et de CM2 partagent cette année le plaisir de lire à voix haute !

Merci 🚀


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